Graphopédagogie : Pour une Écriture Fluide et Sans Douleur

écriture

Béatrice Roche, enseignante de Lettres Modernes et graphopédagogue certifiée, a accepté de répondre à mes questions pour partager sa passion et son expérience dans la rééducation de l’écriture.
Avec plus de 20 ans d’enseignement derrière elle, elle a choisi de se former à cette méthode innovante pour venir en aide aux enfants, adolescents, et adultes confrontés à des difficultés d’écriture.

Qu’est-ce que la graphopédagogie ? Quels sont ses bienfaits ? Béatrice nous éclaire sur cette pratique méconnue mais essentielle pour redonner confiance et fluidité à ceux qui en ont besoin.

Peux-tu te présenter ?

Je suis Béatrice Roche, maman de deux grands enfants tous deux étudiants. Je suis enseignante de Lettres Modernes dans un collège rural.

Après plus de 20 ans d’enseignement, j’ai eu envie de donner un nouveau souffle à ma carrière. Constatant que de plus en plus d’élèves se heurtent à des difficultés liées à l’écriture, j’ai découvert la graphopédagogie. En 2022, j’ai commencé à me former auprès de l’Association 5E, et je suis certifiée depuis juillet 2023. 

Qu'est-ce que la graphopédagogie ? Quels sont les objectifs principaux de cette pratique ? 

La graphopédagogie, c’est tout simplement l’enseignement de l’écriture. Cela consiste à enseigner la posture, la tenue de crayon, les gestes d’écriture, le tracé des lettres ou des chiffres.

La graphopédagogie permet de retrouver une écriture lisible, fluide, et sans douleur. Quelques séances suffisent, 6 à 8 en moyenne, mais entre chaque séance, un entraînement quotidien de 10 minutes pour acquérir les bonnes habitudes est nécessaire.

Age ? Profils ?

La graphopédagogie s’adresse aux enfants depuis la GS, aux adolescents, mais aussi aux étudiants et aux adultes, pour la préparation des examens, une reconversion professionnelle. Elle s’adresse aussi à ceux qui peinent à écrire suite à un accident de la vie (un avc par exemple, une crampe de l’écrivain). Enfin, des ateliers séniors peuvent être proposés pour aider les personnes âgées à garder de l’autonomie.

Les difficultés liées à l’écriture touchent tout le monde, pas seulement les élèves dysgraphiques ou dyspraxiques. Sont concernés les élèves qui écrivent trop gros, trop petit, qui ne tiennent pas la ligne, qui ne sont pas lisibles ou qui ont mal quand ils écrivent. 50% de mes élèves sont en primaire.

Pourquoi est-ce important de rééduquer son écriture ?

On apprend plus facilement une leçon qu’on écrit. De même, lecture et écriture sont liées : écrire aide à apprendre à lire, et inversement.

Un élève qui rééduque son écriture reprend confiance en lui. Et lorsque le passage à l’écrit n’est plus un problème, il peut davantage se concentrer sur les apprentissages.

Il n’est pas rare d’ailleurs que mes élèves, en fin de rééducation, progressent en orthographe. Les ordinateurs peuvent être une vraie béquille, mais ils ne remplaceront jamais l’écriture manuscrite.

graphopédagogie

Quels impacts une écriture difficile peut-elle avoir sur la vie quotidienne ou scolaire ? Quels bénéfices ?

Un élève qui écrit mal est en souffrance. Il n’aime pas écrire, parfois, il n’arrive pas à se relire. Ses enseignants lui demandent de faire des efforts. Il est parfois pénalisé dans ses évaluations. Cela peut nuire à sa réussite scolaire.

Parmi les élèves reçus au cabinet, certains sont de très bons élèves. Cependant, à l’approche des examens, ils souhaitent rééduquer leur écriture pour rendre des copies bien lisibles.

Dans la vie quotidienne, l’écrit reste omniprésent : un chèque, une liste de courses, un simple mot laissé à ses proches, une carte d’anniversaire…

Dans la vie professionnelle, il  n’est pas rare de devoir écrire à la main des notes, des rapports, pour soi, ou pour des collègues.

Une rééducation de l’écriture permet de retrouver le plaisir d’écrire. Mes élèves sont heureux de progresser et d’avoir des cahiers propres et de rendre des devoirs bien lisibles.

A travers une écriture lisible et soignée, ils renvoient une image positive de leur personne, et quand on est un enfant ou un adolescent, c’est très important. Un élève qui reprend confiance en lui est un élève qui travaille mieux !

Peut-on espérer une rééducation rapide ?

La rééducation est rapide : la méthode 5E fonctionne en 10 séances maximum. Généralement, je garde mes élèves 6 ou 7 séances. La durée de la rééducation dépend des objectifs fixés et des difficultés rencontrées. Avec des ados, on va souvent plus vite : ils comprennent pourquoi ils sont là, et comprennent ce que j’attends d’eux. Dans ce cas, 4 ou 5 séances peuvent suffire ! J’ai eu deux élèves qui voulaient juste apprendre la posture et la tenue de crayon. Ils ne sont venus que deux fois ! La rééducation est personnalisée. La méthode est efficace et rapide, mais pour que cela fonctionne en quelques semaines ou quelques mois, il faut que l’élève s’investisse à la maison, et que le parent accompagne bien l’enfant.

Il est d’ailleurs très important que le parent soit présent lors de la séance : il écoute les conseils, remarque les défauts de son enfant, et pourra l’aider à la maison.

Quels outils ou exercices ?

Les outils et les exercices sont variés et personnalisés en fonction de l’âge de l’enfant, de ses difficultés, de ses points forts …

La rééducation est ludique, je propose des exercices de motricité fine avec des petits monstres à doigts, des balles, des perles et une pince. Mes supports sont variés : tableau, ardoise, feuilles (avec ou sans colonnes, avec ou sans lignes, lettres mobiles, lettres rugueuses…)

Je travaille d’abord au crayon à papier, et je fais essayer des stylos pour que l’élève choisisse celui qui lui convient le mieux.

Les exercices sont très variés : il ne s’agit pas d’écrire des lignes et des lignes. On travaille sur la posture, la tenue de crayon, puis sur les gestes graphiques, le déplacement du bras.

Une fois les deux gestes graphiques maîtrisés, on peut commencer à tracer des boucles, des pointes, et à écrire les premiers mots.

Pour écrire, je propose différents lignages : Gurvan, Séyès (agrandi ou non)

enfants

Des astuces simples pour les parents ou les enseignants ?

Les enfants doivent bouger ! On bannit les écrans chez les moins de 6 ans, et on les fait jouer dehors : ballon, balles, gym, exercices de coordination mains-pieds ou droite-gauche.

A la maison, on multiplie les activités de pétrissage (pâte à modeler, à tarte, à sel), de motricité fine (perles, briques). On lit, on travaille la mémoire et la concentration avec des jeux comme le Mémory. On écrit dans le sable, dans l’eau…

A partir de la GS, on surveille la posture : dos droit, pieds à plat, avant-bras en appui sur le bureau. On veille à ce que le crayon soit bien tenu à trois doigts..

On veille à ce que le mobilier soit adapté à la taille de l’enfant : les chaises avec des plateaux que l’on peut mettre à bonne hauteur sont très pratiques, mais un simple marche-pieds et un coussin sous les fesses peuvent suffire.

Et aussi, il faut absolument privilégier les cahiers de petit format.

Comment fais-tu la différence entre un trouble DYS et un simple problème de posture ?

Je ne la fais pas, car je suis enseignante, je ne peux pas poser un diagnostic et faire un bilan médical.

Mais les parents me font part des suivis extérieurs. Parfois, l’enfant n’est pas diagnostiqué Dys, mais j’invite les parents à faire des bilans, comme le ferait l’enseignant à l’école ou au collège.

Mais finalement, DYS ou pas DYS, la rééducation est un peu la même : pour bien écrire, il faut une bonne posture, un pouce bien mobile et une bonne tenue de crayon !

Un professionnel de la santé avait dit à une maman que sa fille ne saurait jamais bien écrire, car dyspraxique. J’avais trouvé ça  très difficile à entendre : j’ai dit à la maman que j’aimais bien les défis ! En trois séances, cette élève de cycle 3 avait déjà bien progressé : je lui ai appris à ne pas cacher avec sa main la ligne d’écriture, la main doit toujours être sous la ligne. Ce conseil l’a beaucoup aidée.

motricité fine

Quels résultats as-tu observés chez des enfants ou adultes DYS après une rééducation ?

Tous progressent ! Au cabinet, ils réapprennent à bien écrire, je surveille tout. dès que la posture n’est pas bonne, dès que le crayon n’est pas bien tenu, dès que l’élève ne tient pas la ligne, ne respecte pas les inter-lignes, je le vois !

Une séance, c’est 50 ou 60 minutes de cours particulier, avec un ou une graphopédagogue qui veille à tout. Parfois, c’est un peu long, mais il y a toujours un moment ou le déclic se fait.

Quels conseils donnerais-tu aux parents qui ont des enfants avec des difficultés liées à l'écriture ?

Je déconseille de donner des lignes d’écriture : un enfant qui ne sait pas dans quel sens tracer une lettre reproduira ce qu’il voit, comme un dessin. En GS et CP, je conseille souvent de faire confiance en l’enseignant : c’est l’âge ou on apprend !

Mais si les difficultés semblent importantes, si les parents ne parviennent pas à relire les mots, il fait absolument prendre contact avec un ou une graphopédagogue de l’Association 5E.

Ne pas laisser les difficultés s’installer est important. Je conseille également d’être vigilent à certains moments clés de la scolarité : en 6e, en seconde, le rythme s’accélère, on écrit de plus en plus, et les élèves doivent rendre des devoirs avec des réponses de plus en plus développées.

Quels projets envisages-tu dans ta pratique de la graphopédagogie ?

Je m’intéresse beaucoup aux réflexes archaïques. Au cabinet, certains élèves n’ont pas intégré le grasping, ou le RTAC. Je leur propose certains exercices, mais je ne suis pas praticienne.

J’envisage de passer le Module Rouge avec Arc-en-flex. De plus, il m’arrive d’intervenir auprès des enseignants. Je vais d’ailleurs bientôt former une équipe d’enseignants du second degré : ils souhaiteraient profiter de la création des groupes de besoins pour aider les élèves illisibles.

Où peut-on te trouver ?

Mon cabinet, Graphopédagogie42 est situé dans la Loire, à côté de Roanne.

Pour me joindre, prendre rendez-vous ou simplement demander des informations, il faut aller sur le site www.graphopedagogie42.fr.

Sur mon site, on trouve aussi la carte du réseau des graphopédagogues 5E pour trouver un spécialiste de l’écriture près de chez soi.

En conclusion, la graphopédagogie, comme l’explique si bien Béatrice Roche, n’est pas seulement une méthode de rééducation de l’écriture, mais un véritable levier pour restaurer la confiance en soi et améliorer les apprentissages. Qu’il s’agisse d’enfants en difficulté scolaire, d’adolescents préparant des examens, ou d’adultes en quête de fluidité dans leur écriture, cette pratique s’adresse à tous.
Si vous pensez que votre enfant ou vous-même pourriez bénéficier de cette approche, n’hésitez pas à consulter un graphopédagogue certifié près de chez vous.